LE BENEVOLAT

22 avril 2009 - 11:54

Ci-dessous, nous vous proposons de retrouver un texte de base permettant d'ouvrir le débat sur la place du bénévolat dans et en dehors du club...

« Lorsqu’on rencontre un problème, que des difficultés importantes se manifestent, il est parfois intéressant de tourner son regard vers l’extérieur, d’apprécier les formations voisines et les initiatives qu’elles peuvent mettre en œuvre. L’AVA n’échappe pas à l’évolution de la société. Depuis quelques décennies, l’individualisme monte en puissance entraînant avec lui des problèmes que les générations précédentes n’ont pas forcément rencontrés. Ajouté à cela un contexte socio-économique qui a énormément évolué localement, on se retrouve actuellement dans une situation de fatigue, de lassitude, d’exaspération et parfois, de colère de la part des dirigeants du club. Les témoignages suivants permettent ainsi de s’affranchir un temps de nos conditions et de constater que cette évolution générale permet aussi de trouver des palliatifs intéressants ! »

 

CONSTATS SUR LE BENEVOLAT ?

Véritable socle du mouvement associatif français, le bénévolat est aujourd’hui en perte de vitesse. A l’image de la société, plus individualiste, les gens donnent moins de leur temps et de façon plus épisodique. Alors se pose la question de la gestion des structures associatives et notamment des clubs de football. Recrutement, valorisation, reconnaissance, les problèmes ne manquent pas. Et pourtant près de 245 000 bénévoles licenciés passent leur temps libre dans les 18 000 clubs de football. Mais aujourd’hui, cela ne suffit plus ! Les clubs ont besoin de personnes compétentes, voire spécialisées. Un problème qui depuis cinq ans interpelle nos institutions. Ce dossier propose un état des lieux de ce bénévolat, examine les problèmes mais constate aussi que des solutions existent pour endiguer et répondre à ce phénomène.

 

« On manque de bénévoles ! », tel un écho, ce cri d’alarme se répand aujourd’hui dans de nombreuses associations. Certes, toutes ne sont pas dans des situations préoccupantes, mais une bonne partie pourrait mieux fonctionner si l’implication du dit bénévole était plus grande. Société de consommation, montée de l’individualisme, les intérêts de chacun ont évolué, d’où une difficulté pour le monde associatif à gérer ses bénévoles. S’investir, occuper son temps libre, apporter ses compétences, « Le bénévolat est la traduction concrète des valeurs de citoyenneté et de philanthropie les plus essentielles dans notre société »

Malheureusement, le constat est clair, on s’engage moins aujourd’hui qu’hier. Une réalité qu’Emmanuel Bayle, professeur des universités, traduit par « un bénévolat kleenex ». Ce qui explique, en partie, que de nombreux bénévoles assument « plusieurs casquettes » au sein de leur club. Secrétaire, éducateur, président... le travail ne manque pas. Mais pour certains, cet engagement quotidien, s’accompagne d’une perte de motivation face au manque de reconnaissance. « Voir les autres consommer du foot ça me pèse » précise ainsi M. Bachon, secrétaire et responsable de l’école de football du FC Barsac Preignac du District Sauternais et Graves. Tracer les lignes, laver les maillots, préparer les sandwichs, accompagner les enfants, les tâches mais aussi les « corvées » sont nombreuses... et les bras se font plus discrets. Et notamment ceux des parents à qui on reproche un manque d’investissement. « Maintenant on joue le rôle de garderie » explique Erwan Le Guen, éducateur au club d’Erdeven dans le Morbihan. Une situation partagée par une grande majorité des dirigeants de clubs.

L’INTERVIEW :

 

Emmanuel Bayle est professeur des universités à l’UFR STAPS de Bourgogne à Dijon. Il nous livre ici son regard d’expert sur les enjeux du bénévolat dans notre société. Un spécialiste qui a notamment écrit « Le guide du management associatif ».

Quelle place occupe le bénévolat dans la société d’aujourd’hui ?

 Le bénévolat et les formes du bénévolat sont historiques. Elles correspondent à tout mouvement social. Aujourd’hui, l’enquête la plus récente sur le secteur associatif dit grosso modo qu’il y a 12 millions de bénévoles (INSEE n°372 février 2005) dans le secteur associatif dont 3 millions et demi de bénévoles sportifs comprenant 1 million et demi de dirigeants sportifs. Ce qui donne une idée du poids majeur que représente le bénévolat dans notre société. C’est une force citoyenne, une contribution sociale, culturelle et économique au territoire français en général. Si on enlève le bénévolat, le sport et le football s’écroulent aujourd’hui en France. Il faut être conscient de ces réalités.

Comment se définit le bénévolat ?

Le bénévolat est une façon d’entreprendre. Il s’agit de mettre au service de la société, du football. Par exemple « être bénévole c’est donner de son temps et parfois de son argent aussi. » Beaucoup de gens trouvent un lien social, un sens à leur existence à travers le bénévolat, qu’il soit sportif ou non. Mais le bénévolat ça veut tout dire et rien dire. Le président de la FFF est bénévole comme le parent qui accompagne son enfant au foot le week-end. Il y a des réalités derrière le terme bénévole qui sont très différentes.

« Si on ne veut pas que les gens soient des consommateurs, il faut les éduquer » C’est à dire ? C’est un phénomène social qui recouvre des réalités très éclatées. Il y a les bénévoles occasionnels, réguliers, très impliqués et à temps plein. En termes de statut et d’accompagnement, on ne peut pas porter le même regard sur une population aussi hétérogène. C’est une richesse, mais aussi une complexité à gérer."

Aujourd’hui beaucoup d’associations se plaignent du manque de bénévoles...

La diversité des loisirs et la société de consommation joue sur le bénévolat car les gens ont moins de temps pour les autres. Il existe aujourd’hui un regard plus individualiste. Le plus dur est de trouver des gens qui ne viennent pas par défaut, mais qui veulent vraiment s’investir afin d’assumer de vraies responsabilités. Aujourd’hui, on est sur du bénévolat « kleenex » qui mérite d’être repensé. Mais le vrai problème c’est que les associations « ne savent pas » gérer les bénévoles, ils n’ont pas les outils. Face à ce cri d’alarme, c’est aux fédérations de prendre ce chantier en main afin de trouver de nouvelles initiatives pour relancer le bénévolat, de faciliter des plans de succession, pour relancer l’implication sur des postes bénévoles majeurs. Si on ne veut pas que les gens soient des consommateurs, il faut les éduquer.

Comment y parvenir ?

Selon les différentes catégories de bénévoles, il y a des modes de gestion qui sont différents à mettre en œuvre. Aujourd’hui, les clubs ou les ligues ont besoin de recruter des bénévoles avec des compétences très spécialisées, avec des profils parfois très ciblés. Finance, marketing, droit, sécurité... Il y a besoin de plus de petites mains, mais aussi de dirigeants qui ont montré leur qualité de leader, de décideur. Il y a une stratégie à mettre en place. Ça veut dire qu’il faut être capable d’aller chercher des dirigeants qui ne viennent pas du monde du football mais qui ont des valeurs associatives qui peuvent profiter au monde du football.

« Pour que la perception du bénévolat change, il faut réaliser, de la part des associations, un triptyque : recruter, manager et valoriser » Les bénévoles se plaignent souvent du manque de reconnaissance de leur travail. C’est un fait. Les bénévoles ne sont pas valorisés car dans les fédérations sportives la gestion des ressources humaines n’existent pas. Mais depuis cinq ans, il existe des mesures phares pour le bénévole sportif. Il y a un vrai statut aujourd’hui. Et les structures d’accompagnement existent. Parfois elles sont un peu éclatées, parfois elles ne sont pas connues. Historiquement, le ministère des Sports et de la Vie associative est là pour les accompagner. Il y aussi les structures de coordination comme les CRIB (Centre de Ressource et d’Information des Bénévoles). Un des enjeux pour favoriser le bénévolat et le valoriser est de faire travailler en réseau toutes ces structures pour qu’il y ait de vraies coordinations qui se mettent en œuvre.

Comment se présente l’avenir pour les bénévoles ?

 

La structure de la société est très favorable au bénévolat car, démographiquement, il y a la génération du baby boom qui arrive à la retraite. Il y aura énormément de gens entre 60 et 70 ans qui auront du temps, des compétences et qui seront dans une phase de restitution de leur vie au profit de la société, du sport. Ce qui veut dire que si on arrive à cadrer le travail de ces gens-là, à leur donner du sens, c’est un formidable potentiel et une chance historique pour l’organisation et le développement du sport en France. Pour les jeunes, il existe une solution, le volontariat associatif, qui est un statut entre le bénévolat et le salariat. Une nouvelle façon de s’investir avec un contrat maximum de deux ans proposés par un club de foot contre une indemnisation qui est de 630 euros non imposables, où le jeune a une couverture sociale, un droit aux congés. C’est une possibilité de donner de son temps sous la forme du volontariat. Pour que la perception du bénévolat change, il faut réaliser, de la part des associations, un triptyque : recruter, manager et valoriser.

 

 

PAROLES DE BENEVOLES

 

Après avoir fait un état des lieux du bénévolat, voici quelques témoignages d’acteurs. On y découvre les difficultés rencontrées, les échecs, les attentes... Ces passionnés du ballon rond s’investissent au sein de leur club, mais restent de simples bénévoles !

  La vie du bénévole

M. Jowen (parent et éducateur au FC Concarneau District Finistère Sud) : « Pour qu’une association vive et survive, le bénévolat est plus que nécessaire. Pour s’investir, il ne faut pas se sentir obligé car quand on vient dans le bénévolat, il ne faut rien attendre en retour. Il faut tout donner. »

M. Bachon (secrétaire et responsable de l’école de football du club du FC Barsac Preignac, District Sauternais et Graves) : « On est en recherche permanente de bénévoles. Ici les personnes multiplient les tâches. On n’a pas de gardien de stade, Il faut donc aller chercher la chaux, tracer les lignes du terrain, il faut mettre les filets... Ce sont toujours les mêmes. Tous les 15 jours, nos 14 bénévoles se réunissent et planifient les tâches à faire en fonction des besoins. On a ce souci d’organisation mais pour faire fonctionner ce club il faut aussi de l’argent. Il faut donc chercher des sponsors. Quand on a de grosses manifestations, comme les tournois, c’est plus de quatre mois de préparation, c’est du travail. On passe beaucoup de temps. Il faudrait une personne rémunérée qui s’occupe de tout cela. Ca serait une solution. »

Philippe Battaglia (éducateur au CO Blenod, District Meurthe et Moselle) : « On a de tout dans notre club. Des retraités pour qui c’est la deuxième maison, il y a aussi des mamans qui viennent s’occuper des goûters, qui font le ménage, l’accueil ; des papas anciens ou non footeux qui arbitrent, installent les terrains. On fait aussi un gros effort pour que les jeunes joueurs donnent un coup de main, sans forcément encadrer. Et s’ils sont intéressés, on les aide à passer les diplômes. Le club paye systématiquement les diplômes. On essaye d’avoir que des éducateurs diplômes, aujourd’hui on a entre 10 et 15 diplômés pour 300 licenciés.

Vincent NOLORGUES (président du district du Cantal) : « Je pense qu’il existe moins de problèmes de bénévoles dans les petits villages que dans les villes. Dans les petits clubs, les bénévoles restent tant que ce sont des gars du village qui jouent, tant qu’il y a une identité culturelle. Quand on recrute beaucoup comme dans certains clubs, les bénévoles s’étiolent assez vite. Car il n’y a pas ou plus d’intérêts personnels et familiaux dans l’affaire. Mais on est tous en attente d’un vrai statut du bénévole, au niveau légal. Il faut que l’Etat fasse quelque chose ! »

Les contraintes

M. Pertuiso (secrétaire délégué du FCO Saint Jean de la Ruelle, District du Loiret) : « On prend la tête aux bénévoles avec des règlements qui sont de plus en plus rigides. On ne s’en sort pas. Car au fil des années, j’ai vu la situation se détériorer, et nos instances dirigeantes n’y sont pas pour rien. Avant un bénévole s’impliquait parce que cela lui faisait plaisir et qu’il n’était pas tenu à des engagements. Maintenant, on a plein d’obligations de la part de nos Ligues et Districts. Et puis on parle en bien du bénévolat pendant 15 minutes à l’assemblée générale de la ligue et en dehors de ça les bénévoles en prennent plein la tête tout au long de l’année. »

Maurice Cordier (éducateur au club Levallois Sporting Club, District des Hauts-de-Seine) : « Maintenant, si on ne met pas, par exemple, les résultats sur internet une heure après la fin du match, on nous met une amende. Et puis je m’aperçois que ça fait longtemps que les clubs ont plus de boulot que les Districts ou les Ligues. Parce qu’ils informatisent tout, ils mettent tout sur internet et quand ils font des erreurs, c’est toujours administratif, mais un club qui fait une erreur, il prend une amende. Lors des matchs, en plus de l’éducateur, il faudrait normalement un délégué par match, un juge de touche et un dirigeant qui fait un peu le soigneur. Donc 4 personnes par équipes. On est très loin d’avoir 4 personnes par équipes, quand on en a un on est bien content. Dans notre club, on a un gros manque de bénévolat. C’est au niveau des parents que cela se ressent le plus.

Bernard Ladrat (président du District de Haute-Vienne ) : « Depuis le début de la saison, Il y a plusieurs clubs qui m’ont dit qu’ils ne pouvaient plus accueillir les enfants parce qu’il n’y avait pas assez de monde pour s’en occuper. C’est l’effet Coupe du monde. Par contre, il y a des personnes qui viennent mais qui n’ont pas les capacités pour encadrer. Il faut d’abord former l’encadrant pour former ensuite le jeune. Mais cela impose d’avoir du temps libre, pour allier le foot et la vie de famille. Il faut que la conjointe ou le conjoint accepte l’investissement de l’autre. C’est toute la difficulté du contexte actuel. »

 Le problème des parents

Norbert Hoffmann (secrétaire du club de JSO Ennery, District de Moselle) ) : « Dans mon club, les éducateurs ne sont pas bénévoles. Non ! Car si on leur demande d’entraîner bénévolement et gratuitement, ça ne les intéresse pas. Chez nous, les vrais bénévoles, ce sont des anciens. Malheureusement, les bénévoles de nos jours, c’est une denrée rare, surtout au niveau de l’encadrement. On n’a pas de problème pour les Débutants car les parents viennent sans problème. Mais à partir des 13 ans, on ne voit plus personne. Ils nous balancent les gamins comme dans une garderie. Certains viennent même seuls et à pied, et c’est à nous de nous débrouiller pour les ramener, les amener. Il n’y a pas beaucoup d’aide des parents. »

M. Lhotte (éducateur au club de l’Avenir Mourennais, District des Pyrénées Atlantique) : « On se retrouve souvent tout seul avec les gamins. Et plus ils montent en âge, plus ils se retrouvent seuls. On a des enfants qui sont livrés à eux mêmes. C’est de plus en plus compliqué. Il y a un problème qui est lié à cette société de consommation, où quand les enfants et les parents ne sont pas contents, ils changent d’activité ou de club. Même de ce côté, les parents ne sont pas très fidèles. Tout le monde à toujours des excuses, mais si, en plus, ils ne font pas l’effort pour se serrer les coudes... Par exemple, si on décide d’organiser un loto le week-end, il faut un investissement de la part des parents, qu’ils s’organisent pour être en mesure d’être là et dans la bonne humeur. Mais, malheureusement, ce n’est pas spontané et pour faire des pâtisseries il faut supplier... Cela pourrait être l’occasion de dire « je ne fais rien de l’année », alors « je contribue ». Mais non, on prend toujours les mêmes personnes et on recommence. »

Erwan LE GUEN (éducateur à l’entente de la RIA, District du Morbihan) : « Avant tout, on est là pour donner du plaisir et du bonheur aux gamins. C’est la première chose. La technique passe après. Si on pouvait être plus, c’est sûr qu’ils seraient mieux encadrés et qu’ils progresseraient plus vite. Mais bon, du moment qu’ils repartent avec le sourire. Ça fait 3 ou 4 ans que ça commence à être difficile pour les petits clubs. Avant, il y avait beaucoup plus de monde. Ça s‘explique aussi par l’arrivée de nouveaux sports. Les mentalités ont évolué. Avant, les parents suivaient davantage les enfants, ils les accompagnaient, les encourageaient. Maintenant, ils viennent à telle heure déposer les enfants, puis ils font leurs courses ou je ne sais quoi, et ils reviennent juste pour les récupérer. On fait plus de la garderie. »

Maurice Cordier (entraîneur au club Levallois Sporting Club, District des Hauts-de-Seine) : « Le plus dur c’est d’arriver à mobiliser les parents et leur faire prendre conscience que c’est important de s’impliquer au sein du club. Malheureusement c’est ce genre de chose qui peut entraîner un club dans la faillite. Les parents, ils suivent de moins en moins, ça se voit dans les grandes villes et moins dans les campagnes je pense, parce que les parents amènent leurs gamins en voiture. Pour nous, en ville, c’est des transports en car, et c’est plus difficile de trouver des dirigeants qui veulent bien accompagner. »

 L’argent et le bénévolat

. Bachon (secrétaire et responsable de l’école de footbal du club du FC Barsac Preignac, District Sauternais et Graves) : "Pour nos bénévoles, on essaye de "se donner les moyens". Quand on fait des soirées au club, les repas sont gratuits. On leur propose quelques fois de les emmener voir un match des Girondins de Bordeaux au stade Chaban Delmas. C’est ce genre de choses que l’on peut faire de temps en temps. Les jeunes, il faut les récompenser, mais quand on n’a pas les moyens..."

DELATTRE Guy ( secrétaire général, trésorier, et président de l’US Saint Pierre de Martigues, District de Provence) : « Heureusement qu’on a quelques dirigeants qui suivent les équipes. On arrive plus ou moins, avec un travail de fond, à demander aux parents de se relayer. On les intègre aux groupes et on leur apprend à faire des feuilles de match, à discuter avec les gosses. C’est de l’éducation mais aussi et simplement du relationnel. Pour les seniors, on essaie de les solliciter pour entraîner les jeunes. En général ça marche, même si nos seniors sont assez jeunes, avec une moyenne d’âge de 25 ans, et qu’ils ne sont pas forcément présents tout le temps et disponibles. Mais je sais que je travaille pour l’avenir. Pour les éducateurs, on essaie de leur donner des bons d’essence, mais on n’a pas toujours les moyens. On s’est senti obligé de les défrayer car d’autres clubs plus huppés le faisaient et les attiraient. Mais la plus grande difficulté c’est d’avoir des arbitres

 

Philippe Battaglia (éducateur au CO Blenod, District Meurthe et Moselle) : « Dans mon ancien club le problème est venu de l’argent. Certains éducateurs gagnaient un peu d’argent, ce qui n’a pas plu aux autres. Ça a cassé la notion de bénévolat. Aujourd’hui au CO Blénod, tout le monde est vraiment bénévole. Ceci dit, l’argent n’est pas forcément la plaie du bénévolat, mais s’il n’est pas distribué de manière équitable, ça fout le bazar. Au sein du club, tous les bénévoles ont reçu un bon de 50 euros d’essence à la fin de saison, plus les k-ways. Mais ce qui est important je pense, ce sont les manifestations sympathiques telles que les repas, les barbecues...je pense que cela, cet esprit, est beaucoup plus important que l’argent. »

 

 

UNE INITIATIVE : UNE LICENCE A POINTS :

Proposez à un président de club de ne pas toucher d’argent sur les licences pendant un an : il vous répondra que vous êtes gentil, mais que ça ne va pas être possible. Rajoutez qu’il sera aussi privé de la subvention de sa mairie, il va rire très jaune et vous assurer du dépôt de bilan de son club. Pourtant en Haute-Saône, un club peuplé d’irréductibles, l’US Larians- Munans, a fait de ces soi-disant contraintes des principes de fonctionnement : ici, personne ne sort le chéquier pour payer sa licence, et toute la subvention de la communauté de communes passe dans les trois minibus chargés du ramassage des jeunes, chaque mercredi à l’entraînement. Et avec tout ça, les finances sont des plus saines...

C’est l’histoire des joueurs qui ont essuyé les plâtres « Papy » n’est pas pour rien dans cette histoire. Président depuis cinq ans, membre fondateur en 1967, de son vrai nom Dominique Pretot mais que tout le monde appelle donc « papy », « depuis que je suis jeune, parce que j’ai toujours été le plus vieux de mon équipe », il est un vrai personnage, du genre jamais dépassé par les évènements, avec toujours une idée sur le bout de la langue. Pour mieux nous expliquer ce qui se passe ici, il n’hésite pas à piocher dans les souvenirs. Retour vers le printemps 1980 : « On avait juste une cabane pour vestiaire, et le district nous a obligé à en avoir de nouveaux. On a alors amassé des subventions pour les construire sous une tribune de 300 places, et on a même pu y ajouter un gymnase. Après ça, on a proposé aux 40-50 joueurs de construire une salle de réception qu’on louerait ensuite pour les mariages et les fêtes, afin de la rembourser et gagner un peu d’argent. Chaque joueur devait travailler 5 jours. Ceux qui ne le faisaient pas ne jouaient pas ! En contrepartie, on leur a offert à tous la location de la salle toute leur vie à moitié prix. Travailler ensemble, réaliser ça... c’est incroyable comme ça a soudé le club. » L’anecdote résume à elle seule l’esprit du club. Initiative, débrouillardise, gestion, fête, plaisir, solidarité, efficacité, implication et valorisation des bénévoles... sont les mamelles de ce club aux nombreux signes extérieurs de richesse... humaine.

"On aime bien s’investir quand on voit que des bénévoles font des efforts." (Eliane, maman)

Une licence payée avec des points Ce vieil épisode a été précurseur d’une belle histoire d’aujourd’hui, la licence à points. L’idée, initiée en 2001, est simple et le schéma est le même qu’il y a vingt-cinq ans : les joueurs paient leur licence par leur implication dans le club, évaluée en points. Sont récompensées, entre autres, les présences aux entraînements, les heures de travail pendant les fêtes du club, ou les différentes tâches indispensables à son fonctionnement, comme le traçage du terrain, le lavage des maillots... En suivant le barème instauré, tout joueur qui atteint 800 points en fin de saison a gagné sa licence. Une formule spéciale a été faite pour les jeunes, obligeant leurs parents à glaner 400 points, en participant notamment à au moins deux déplacements dans la saison. Attention, le retrait de points en cours de route est aussi possible, en cas de « mauvais » carton reçu, de problème de comportement, d’absence injustifiée ou de tâches non effectuées. Pour rattraper ces points de pénalité, Papy a sa solution éducative : « Quand un joueur perd 100 points, s’il a pris un rouge pour contestation par exemple, je lui dis : c’est sympa, tu viens d’offrir 4 heures de boulot au club. » La licence cumule donc les avantages, et notamment celui d’impliquer tout le monde dans la vie du club, dès les débutants. Pour ceux qui n’avaient pas l’habitude de s’investir, cela devient un geste naturel, et non plus une contrainte. Le club devient alors, fatalement, heureusement, un lieu de vie. Éliane, maman de deux joueurs et une joueuse, fait partie des motivées : « On aime bien se rendre disponible, s’investir, quand on voit que des bénévoles font des efforts. La licence est un plus, mais ce n’est pas la motivation première. C’est très bien, parce que ça oblige les parents à venir aider un peu. Pour ceux qui n’ont pas trop d’argent, c’est un moyen détourné de participer. Et les enfants sont contents qu’on aille les voir jouer. »

Et pourtant, l’argent rentre... C’est bien beau ça, mais une question brûle les lèvres : Papy, d’où vient l’argent pour faire tourner le club ? « Le problème des autres clubs est qu’ils ont des caisses souvent vides. Et ils les remplissent comment ? En demandant des sous à droite, à gauche. Nous, on a réussi à avoir un an de trésorerie d’avance, et donc de pouvoir fonctionner sans l’argent des licences. » Petite pause, les pupilles de Papy se mettent à briller, puis il explique : « Notre secret, c’est qu’on a toujours su investir dans les gens... » Et en pouvant compter sur une gestion sans faille et un enthousiasme sans bornes des bénévoles, le club remplit ses caisses lors des trois grosses manifestations qu’elle organise : la fondue, le loto et surtout la fête des sports, un week-end festif qui démarre et finit en tournoi de football, et qui a rassemblé plus de 8000 personnes en juillet dernier ! La recette du club est donc simple, elle se base sur l’échange de services, que Papy résume par l’exemple : « On investit dans le boulot. Prenez le transport des gamins : si on n’oblige pas les parents à les accompagner, je dois payer un minibus pour les emmener. Ça ne nous fait pas de rentrée d’argent mais pas de sortie non plus. C’est encore une chose d’économisée. » L’US Larians-Munans, c’est un club qui a su régler les problèmes rencontrés habituellement dans le football amateur, tels que l’implication des bénévoles, le paiement des licences, la trésorerie ou les déplacements des équipes de jeunes, tout en garantissant une ambiance conviviale, familiale. Un club où il n’y a jamais de problèmes, mais que des solutions.

 

CONCLUSION :

« Le sujet est vaste et sûrement sans limite. Il permet toutefois à tout un chacun de se faire une opinion sur le « consumérisme » d’un côté et sur « l’apport social et humain » de l’autre. L’AVA n’est pas encore en crise, loin de là. S’appuyant sur des structures sportives, humaines et financières saines, le club donne, bon an mal an, la possibilité à près 260 licenciés de pratiquer leur sport favori. Il n’empêche que les choses deviennent de plus en plus compliquée, que la gestion administrative et financière requière un quasi professionnalisme que seules les instances dirigeantes et la fédération ne constatent pas. Aussi, dans cette situation, une prise de conscience générale et individuelle est plus que jamais nécessaire. Alors, dirigeants, sportifs, bénévoles, entraîneurs, supporters, unissons nous et relevons collectivement les manches pour que ce club et surtout les valeurs qu’il porte, perdurent ».

 

Place au débat à présent. 

Commentaires

Staff
S CHALIER
S CHALIER 22 avril 2009 13:36

Désolé pour la mise en page pas facile depuis footeo. l'objectif de cette actu est de faire réagir. Pour, contre, le débat est ouvert !

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